Toyota veut déployer environ 400 000 robots à l’horizon 2028, dans ses propres usines et chez ses fournisseurs, sans renoncer au kaizen : l’humain garde l’amélioration continue, le robot prend les gestes répétitifs. Pour les industriels qui pratiquent le lean, ce plan dit beaucoup sur la manière dont l’entreprise qui a inventé le Toyota Production System compte automatiser sans casser sa méthode.
- Toyota a présenté le 18 septembre 2026 une projection de 400 000 robots à l’horizon 2028 sur une soixantaine de sites.
- L’enveloppe annoncée est de 1 000 milliards de yens par an, soit environ 6,4 milliards de dollars.
- 150 000 robots iraient dans les usines du groupe, 250 000 chez les fournisseurs et équipementiers.
- Le robot ELEY apprend en observant les opérateurs ; le kaizen reste confié aux équipes.
Plan de l'article
- Que contient exactement le plan robotique de Toyota ?
- S’agit-il de remplacer les opérateurs par des humanoïdes ?
- Comment ELEY apprend-il un geste de production ?
- Que reste-t-il du lean dans une usine robotisée ?
- Quelles leçons pour une PME industrielle ?
- Le pari est-il gagné d’avance ?
- Questions fréquentes
Que contient exactement le plan robotique de Toyota ? #
Selon Les Numériques, le constructeur a formulé cette projection devant ses investisseurs le 18 septembre 2026 : intégrer 400 000 robots à l’horizon 2028, répartis sur une soixantaine de sites, pour un budget de 1 000 milliards de yens par an.
À lire Jidoka : Comment l’autonomation améliore la qualité en Lean Manufacturing
La répartition est précise. 150 000 unités sont prévues pour les usines du groupe, et 250 000 pour ses fournisseurs et équipementiers partenaires. Autrement dit, la majorité de l’effort porte sur la chaîne d’approvisionnement, et non sur les seules lignes d’assemblage de la marque.
Le média technologique The Decoder, qui reprend les informations du Financial Times, chiffre l’investissement à environ 6,4 milliards de dollars par an. Un dirigeant de Toyota y explique que les usines du groupe passent en premier, parce que leur environnement est plus facile à maîtriser.
S’agit-il de remplacer les opérateurs par des humanoïdes ? #
Non, et c’est le point que beaucoup de reprises ont déformé. Les Numériques insiste : il ne s’agit pas d’aligner 400 000 humanoïdes, ni d’un calendrier gravé dans le marbre, mais d’une feuille de route pour rajeunir l’outil industriel.
Le parc visé mélange des bras articulés classiques, des navettes logistiques autonomes et des machines dotées d’apprentissage. Le montant inclut aussi bien le renouvellement d’équipements anciens que la mise en service de nouveaux automates. Pour un responsable d’usine, cela ressemble davantage à un vaste programme de renouvellement qu’à une rupture technologique.
À lire Le guide pratique pour débuter le lean management en PME industrielle
La motivation affichée est démographique : le vieillissement des équipes et la difficulté à recruter. Le robot sert d’abord à capter un savoir-faire avant qu’il ne parte à la retraite.
Comment ELEY apprend-il un geste de production ? #
ELEY est le robot développé en interne par Toyota. Il roule au lieu de marcher, pèse 50 kg et dispose d’une pince à deux doigts. Ce choix évite les chutes et le coût énergétique de la marche sur les sols lisses des ateliers.
Il n’est pas programmé ligne par ligne. Les opérateurs enfilent des manchons équipés de capteurs, calqués sur la géométrie des pinces, et poursuivent leur travail habituel. Le système enregistre trajectoires, images et pressions exercées, puis ces données alimentent des modèles construits avec le Toyota Research Institute.
Le constructeur reconnaît le chemin qui reste à faire. Lors d’une démonstration rapportée par Les Numériques, ELEY a réussi à plier un tee-shirt après 1 500 essais étalés sur deux semaines. La précision, la fiabilité et le volume de données doivent encore progresser.
À lire Les 7 gaspillages dans l’atelier : repérer et optimiser votre productivité
Que reste-t-il du lean dans une usine robotisée ? #
Le discours de Toyota reste fidèle à ses fondamentaux. Hiroki Nakajima, vice-président exécutif, défend la complémentarité plutôt que le remplacement : confier aux robots les tâches pénibles ou répétitives, et laisser aux humains le contrôle qualité, la maintenance et le kaizen.
On retrouve là l’esprit du jidoka, l’un des deux piliers du Toyota Production System : la machine travaille, mais c’est l’humain qui détecte l’anomalie, comprend la cause et améliore le standard. Un robot qui apprend en observant un opérateur expérimenté ne fait d’ailleurs que numériser un standard de travail, l’objet même du travail standardisé.
Toyota évoque même une boucle où les robots formés par les opérateurs les plus expérimentés aideraient ensuite à former les nouvelles recrues. Le savoir-faire individuel devient une ressource partagée entre usines.
Quelles leçons pour une PME industrielle ? #
L’ordre des étapes compte. Toyota commence par ses propres sites, où les conditions sont stables, avant d’étendre la démarche à ses fournisseurs. Une PME a intérêt à suivre la même logique : stabiliser et standardiser un poste avant de l’automatiser, plutôt que d’automatiser un processus encore instable.
Le choix de la robustesse est une autre leçon. Préférer des roues à des jambes, c’est choisir la solution la plus simple qui répond au besoin. En atelier, un robot sophistiqué mais peu fiable crée de nouvelles pannes et de nouveaux arrêts au lieu d’en supprimer.
Enfin, l’automatisation ne dispense pas d’impliquer les équipes. Chez Toyota, ce sont les opérateurs qui fournissent les gestes de référence. Sans leur participation, il n’y a ni données d’apprentissage ni amélioration continue.
Le pari est-il gagné d’avance ? #
Les investisseurs restent prudents. The Decoder rappelle qu’ils ont en mémoire des attentes déçues sur les voitures à hydrogène et les batteries solides. Selon le même média, des analystes de Goldman Sachs estiment que Toyota pourrait capter 3 à 8 % du marché des robots humanoïdes d’ici 2035, face à Tesla, Xpeng ou Hyundai.
Le site Semafor présente de son côté ce plan comme le retour de Toyota dans la course aux humanoïdes. Pour les praticiens du lean, l’enjeu est ailleurs : vérifier, dans les années qui viennent, si la robotisation à grande échelle renforce l’amélioration continue ou si elle la remplace.
Questions fréquentes #
Combien de robots Toyota veut-il déployer ?
Environ 400 000 à l’horizon 2028, dont 150 000 dans ses usines et 250 000 chez ses fournisseurs et équipementiers.
Quel budget Toyota consacre-t-il à ce plan ?
Environ 1 000 milliards de yens par an, soit près de 6,4 milliards de dollars, montant qui couvre aussi le renouvellement d’équipements existants.
Le kaizen disparaît-il avec les robots ?
Non. Toyota affirme réserver aux humains le contrôle qualité, la maintenance et l’amélioration continue, et confier aux robots les tâches répétitives.



